Ils sont dix porteurs de projets à avoir lancé une campagne de financement participatif sur la plateforme KissKissBankBank, en partenariat avec Tourisme et Territoires du Cher. Pierre en fait partie, il souhaite financer le deuxième tome, Automnales, de sa série de livres photographiques sur les vigneronnes et vignerons du sancerrois. 

C’est quoi le projet ?

Le projet de Pierre, c’est de financer l’édition de « Sancerre. Une histoire de femmes, d’hommes et de vignes. AUTOMNALES », la deuxième composante d’une série de quatre livres photographiques. Consacré aux différentes générations, la plus ancienne a déjà fait l’objet d’un premier cycle, HIVERNALES. Un objectif : garder en mémoire et en image, l’histoire du vignoble sancerrois, de ces vigneronnes et vignerons, qui font la renommée des vins de Sancerre…  

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C’est lui qui en parle le mieux : 

« J’ai eu l’occasion de photographier quelques vignerons, dont un qui avait pour surnom ‘‘le P’tit Dé’’, André Dezat, une figure emblématique du sancerrois. Ce personnage avait une humanité vraiment touchante. Après avoir appris sa mort, je me suis dit : ‘‘tu as un boulot à faire ici, tu dois mettre en image et en mémoire tous ces gens’’. (…)
L’idée, c’est de jouer sur les saisons, pas les saisons climatiques, mais les saisons des âges. J’ai commencé par les plus vieux, ceux qui étaient à l’hiver de leur vie, parce qu’on n’est pas éternels. Dans le premier tome, malheureusement il y en a déjà quelques-uns qui sont partis. Ce sont ces gens là qu’il fallait valoriser en premier : pile dans la génération qui ont fait le Sancerre. (…) Les suivants, ce sont les héritiers, eux  aussi ont leurs responsabilités. On va dire que c’est la génération des 65-80 ans. Ce sont ceux qui sont à l’automne de leur vie. Les prochains seront de l’été et puis on finira par les plus jeunes, le printemps…  Évidemment ce travail là repose essentiellement sur l’humain. Quand on regarde des paysages de vignes, on ne peut pas dire que c’est un paysage naturel, sauvage. C’est un paysage où la main de l’homme se sent. Donc forcément, si on ne met pas en tête de gondole ceux qui le font, on a loupé quelque chose. (…) L’idée c’est toujours pareil, c’est d’aller au fond du cœur des choses. C’est notre boulot à nous, les photographes. C’est de faire en sorte qu’il reste quelque chose. C’est faire passer une émotion et une histoire. » 

C’est qui le projet ?

Son histoire : 
Rien ne destinait Pierre Mérat à venir dans le Cher, sur les terres de son arrière-grand-père, ni à travailler dans le milieu du vin comme ses aïeuls. Rien non plus ne le destinait à être photographe. Et pourtant… « Je suis né en Algérie de parents pieds noirs. (…) J’ai beaucoup bougé, d’abord en suivant mes parents à Nice, puis après y avoir passé mon adolescence j’ai décidé d’aller sur Paris. À la base je suis technicien supérieur en métallurgie et traitement des métaux, j’étais destiné à l’industrie. Sexy ! Mais j’ai toujours été intéressé par l’art, je joue de la musique, j’aime le théâtre… (…) J’ai commencé à travailler dans le monde du théâtre à Paris, et c’est ce qui m’a amené à la photo. Quand vous avez tous les danseurs de Béjart dans les coulisses, avec des lumières un peu folles, des gens tous plus beaux les uns que les autres, ça donne envie de les mettre en boîte. C’est comme ça que j’ai commencé la photo, tout simplement par envie. Je me suis formé tout seul, et ça fait plus de trente ans maintenant.

Un jour j’ai décidé que j’allais passer du temps dans le grand nord canadien au contact du peuple inuit. J’ai fait deux mois et demi sur la Terre de Baffin. C’est le genre de truc dont on revient pas vraiment indemne. Revenir vivre à Paris, se retrouver enfermé avec des bagnoles partout… Moi c’était plus possible, donc je me suis acheté une maison dans la campagne à Barlieu, à quelques kilomètres d’ici. Et c’est comme ça que je suis arrivé là, sans savoir même que j’arrivais près d’un haut lieu du vin ! »

Ce qu’il fait ici :

Cela fait 15 ans qu’il est installé à Sancerre, qu’il considère comme « un diamant à polir ». Sa façon à lui de le faire, c’est de photographier le vin. « J’ai fait mes armes de photographe professionnel dans le milieu du marché de l’art. C’est ce qui fait que je suis un excellent photographe de bouteilles, parce que c’est très compliqué à photographier. Des reflets partout, le côté cylindrique… Mais c’est aussi ça qui est beau dans une bouteille (en plus de ce qu’il y a dedans !) (…) C’est comme ça que je suis rentré dans ce milieu là, maintenant j’ai à mon actif un paquet de photos dans le monde vigneron, et je m’y sens bien. »
Pierre, c’est aussi le maître des lieux du Café de l’Union à Saint-Satur, « un lieu culturel, hyper prisé par les artistes pour être auditionné ou pour passer sur scène ». C’est ici, à l’abri des regards, dans les coulisses, que ce cache son univers de travail. Une partie atelier, une partie shooting, une partie traitement de l’image, et même impression en grand format. « Mon antre, c’est mon monde ! Ça ne ressemble pas à un studio comme dans les films, ce n’est pas aseptisé. D’ailleurs je ne comprends même pas comment les photographes peuvent travailler dans des studios pareils, moi je ne peux pas ! J’ai besoin d’être dans le noir, (…) avec deux ou trois éclairages, des bouts de cartons, du polystyrène ou autres pour manipuler la lumière et donner vie aux objets. (…) C’est ça qui est intéressant, révéler les formes, plonger la bouteille dans le noir, placer les éclairages de manière à donner envie. Si je vous parle de Marilyn Monroe, on sait très bien que tout était fait pour qu’on ai envie d’elle. Pour une bouteille c’est pareil ! »

Le mot de la fin :

« Je pense que les photographes doivent être un petit peu « habités » par quelque chose pour traiter un sujet de manière approfondie. Il faut être immergé pour raconter une histoire. La photo en dit plus que les mots. (…) Dans le livre, tous ces corps ont travaillé, pas avec les mêmes outils que maintenant. On sent le travail dans leurs mains. Là, évidemment, ça provoque une émotion. Ça fait monter les larmes aux yeux. Alors que pour mon travail je ne verse jamais de larmes. (…) La photo c’est une richesse, je serais prêt à être sans argent, faire des photos juste pour faire des photos… Pour rien au monde je ne lâcherai ça. »